Paris, 1933. Le président de la République Albert Lebrun inaugure la 3e Exposition nationale du travail.
Paris, 1933. Le président de la République Albert Lebrun inaugure la 3e Exposition nationale du travail.

Histoire des MOF

À l’origine de l’histoire des Meilleurs Ouvriers de France se trouve un homme remarquable : Lucien Klotz (1876-1946), critique d’art et journaliste, qui fut le véritable promoteur de « l’idée MOF ».

C’est lui qui fut à l’origine des droits d’auteur pour les artistes, de la loi sur la propriété scientifique et de la protection des modèles de couture, etc. Sensible à la critique de l’apprentissage qui s’annonçait grave pour l’artisanat, Lucien Klotz élabora dès 1913 l’idée d’une grande Exposition nationale du travail « à laquelle pourraient prendre part – sous réserve d’admission par un jury dûment désigné – tous les travailleurs désireux d’affronter le jugement des compétences et celui du grand public ».

Lucien Klotz en 1919 – Photo © Harris & Ewing

Lucien Klotz – Photo © Harris & Ewing

Il multiplia les campagnes de presse, publia ses nombreux articles dans divers journaux, et sut susciter l’intérêt de personnalités importantes et d’un grand nombre de groupements patronaux et ouvriers de l’époque. L’esprit de sa démarche se trouve résumé dans ces quelques lignes parues dans la presse de 1913 :
« Les métiers d’art traversent une crise angoissante. Le recrutement de la main-d’œuvre est un problème de plus en plus compliqué. Quelles sont les causes de cette crise ? La plus sérieuse, c’est le marasme de l’apprentissage. Il n’y a plus d’émulation, la production manuelle est anonyme, le goût de l’artisanat n’est plus stimulé. Le travail « en série » trouve des bras ; le travail d’art ne trouve plus de cerveau. Le remède existe : il faut rendre sa personnalité à l’ouvrier. Que l’auteur d’un fauteuil, d’une table, d’un bronze, d’une serrure, ait l’espoir de pouvoir exposer son œuvre et de recevoir les plus hautes récompenses. »

Les Expositions nationales du travail

Mais ce fut en 1922, après l’interruption forcée de la guerre de 1914-1918, que le gouvernement Français reprit ce projet et décida d’une grande exposition nationale où toutes les branches des professions seraient représentées (220).

Un comité d’organisation fût créé avec, à sa présidence, un sénateur et ancien ministre – Albert Lebrun – avec pour mission d’organiser une Exposition nationale du travail afin d’honorer le maître ouvrier, le sortir du rang, le citer à l’ordre de l’armée pacifique des travailleurs, et proposer des exemples à ses jeunes camarades.

La 1re expo se tint en octobre 1924 à l’Hôtel de ville de Paris. Inaugurée par le président de la République Gaston Doumergue, 144 diplômes MOF furent attribués et remis à la Sorbonne, par le secrétaire d’état à l’enseignement technique, maître Morro-Giaferri. La presse en fit un très large écho.

En 1927, une seconde expo eut encore davantage de succès, avec 363 diplômes remis à la Sorbonne par M. Edouard Herriot, maire de Lyon et ministre de l’Instruction publique et des beaux-arts. C’est seulement en 1932 que l’Enseignement technique fit graver par Albert Lagriffoul, prix de Rome de sculpture, la médaille MOF qui sera remise à la 3e expo de 1933 et aux précédentes promos de 1924 et 1927.

Le sculpteur Lagriffoul, créateur de la médaille des MOF

Le sculpteur Lagriffoul, créateur de la médaille des MOF

Cette expo de 1933 fut inaugurée par Albert Lebrun, devenu en 1932 président de la République. En 1935, le ministre de l’Éducation nationale Alexandre Mallarmé officialisait le titre de MOF en le désignant « titre d’État ». Puis continuaient les expos : 1936,1939.

Paris, 1936. Les MOF à la Bourse avec G.-L. Castelain.

Paris, 1936. Les MOF à la Bourse avec G.-L. Castelain.

En juillet 1939, les œuvres exposées porte de Versailles purent être retournées à leur auteur avec le diplôme, mais la cérémonie de la remise d’insigne ne put avoir lieu. Ce ne fut qu’en 1946 que Roger Klotz, fils de Lucien Klotz décédé cette même année, réorganisa la remise de l’insigne MOF à la Sorbonne sous la Présidence de Félix Gouy, chef du gouvernement provisoire de la République. 307 MOF y furent conviés, mais tous évidemment ne purent se présenter. (La guerre.) Un grand dîner de gala fut organisé en période de restriction. Au menu : pâtes, saucisson, dessert.

Puis vinrent les concours de 1949, de 1952… et ainsi de suite, tous les 3 ou 4 ans, pour en arriver en 2000 à 21 concours et 7 900 titres de MOF reconnus récemment par l’Éducation nationale à l’équivalence du niveau III.

La Société des diplômés
G.-L. Castelain, premier président des MOF

G.-L. Castelain, premier président des MOF

Suite à l’expo de 1927, un MOF 27 menuisier, René Petit, lança un appel par presse pour convoquer les MOF le 7 avril 1929 au café de la Mairie à Clamart. Sept d’entre eux s’y rendirent et eurent la volonté de constituer une association.

Le 26 mai, ce furent vingt MOF qui sollicitèrent Georges Castelain, MOF 27 peintre en textile, pour créer une société Loi 1901, ce qui fut admis le 14 septembre 1929. Georges Castelain, élu président, définissait ainsi l’éthique et les objectifs de cette société : « Nous devons faire de notre association une grande famille, et nous considérer entre nous comme des frères, nous aider et nous soutenir dans toutes les circonstances de la vie. »
C’était le temps des pionniers, animés du feu sacré et poussés d’une légitime fierté.

De gauche à droite : Mirey, charron - Favro, forgeron - Haas, ferblantier - Delorme, charpentier - Chaucheyras, fondeur - Petit, menuisier - Castelain, dessinateur - François, charpentier - Madurel, serrurier - Verger, plombier - Zajac, ébéniste - Rezette, verrier - Faligant, menuisier - Flouret, charron.

De gauche à droite : Mirey, charron – Favro, forgeron – Haas, ferblantier – Delorme, charpentier – Chaucheyras, fondeur – Petit, menuisier – Castelain, dessinateur – François, charpentier – Madurel, serrurier – Verger, plombier – Zajac, ébéniste – Rezette, verrier – Faligant, menuisier – Flouret, charron.

Cette société nationale avait reçu l’adhésion de tous les MOF, mais son activité nationale restait centralisée sur Paris. Évidemment, les piliers de l’organisation étaient devenus les piliers de la nation. La société nationale avec G. Castelain était présente dans toutes les manifestations de l’État.

Les provinciaux se rassemblaient amicalement par petits groupes, mais sans statut officiel de la société. Dans notre département, Paul Pignat convoqua les MOF du Rhône en 1949 au café du Mâconnais, cours Gambetta. Des liens se créèrent, mais une réunion à l’hôtel Terminus en 1949, entre le président national venu spécialement de Paris, Paul Pignat, Pierre et Léon Gadoud de Saint-Etienne y mit fin, avec rappel qu’il n’y avait qu’une seule et unique société : la nationale à Paris. Très malade, Georges Castelain invita Robert Cancet à prendre le relais, et décéda cette même année.

Dis-leur que j’offre à tous un bon gueuleton.J. Nandron
Ce fut un tournant de la société, car ce Stéphanois Robert Cancet, devenu inspecteur général d’apprentissage et chef du cabinet André Morice, ministre du travail, fut à l’écoute de la Province. Ce ne fut pas spontané, mais devant la pression qui multipliait les demandes, l’an 1951 vit 40 MOF désignés pour organiser des sections départementales, restant évidemment adhérentes à la société nationale qui, sur cette lançée, fut reconnue d’utilité publique en 1952. Et lorsque cette volonté de rassembler fut définie, Joannès Nandron, cuisinier MOF 49, catalysa les propositions en disant à Paul Pignat : « Tu veux faire une assemblée générale ? Dis-leur que j’offre à tous un bon gueuleton. » Et c’est ainsi qu’ils sont tous venus.

Et le 11 mars 1952, Paul Pignat convoquait en assemblée générale les MOF du Rhône à l’école des Métiers, 40, boulevard des Tchécoslovaques. Il fut élu officiellement et c’est ainsi qu’il y a 50 ans, notre section rhodanienne vit le jour.

À Paul Pignat succédèrent : Paul Baqué en 1959, Pierre Pignat en 1971, Raymond Noussy en 1979, Bernard François en 1987, Paul Desbos en 1989, Jean Beaudoin en 1993, Louis Blancard en 1998 et, depuis 2007, Christian Janier.