Henriette-Jeanne Létourneau était un des derniers maîtres passementiers

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Le 21 Août 2011 – Le Progrès – LYON 4E, LYON ET SES QUARTIERS – Florence Fabre

Arrivée au premier étage des l’immeuble du 21, rue Richan, le visiteur pénètre dans un vaste atelier de passementerie, bien éclairé, d’une hauteur de plafond de 4 mètres, indispensable au fonctionnement de la mécanique jacquard.
Un lieu encore habité, qui a une âme, peut-être celle de son ancienne propriétaire, Henriette Létourneau, décédée en 2005.
Il est devenu un atelier municipal et le siège de l’association Soierie vivante, qui a pour vocation de préserver le patrimoine de la soie à Lyon.

En 1906, Jean-Claude Dunoyer, maître passementier (spécialisé dans le tissage de petites largeurs) et sa femme reprennent cet atelier et installent un troisième métier, car la famille compte deux fils: Lucien et Aimé.
A cette époque, sur la Croix-Rousse, près de 1 500 passementiers existaient.

En 1912 naît Henriette, qui n’a pas le temps de bien connaître ses frères, car tous deux meurent en 1914, dès le début de la Première guerre mondiale. Bonne élève, elle aurait aimé devenir institutrice, elle passera toute sa vie dans la passementerie.
A 14 ans, elle travaille 11 heures par jour et va pratiquer ce métier pendant 54 ans. A la mort de son père en 1954, elle continue seule son activité, car, à l’égal des hommes, il lui a tout enseigné : l’art du tissage des galons et rubans faits de fils gainés d’or ou d’argent, mais aussi les aspects techniques de la mécanique. Seule pendant 20 ans, n’ayant pas trouvé d’apprenti, elle a utilisé deux métiers. Ceux-ci, déjà motorisés, lui ont permis de se concentrer sur la production. Ses commanditaires attitrés demeurèrent l’Eglise, avec les ornements religieux, et l’armée (Russie, USA, Argentine, Inde…).

Henriette se marie en 1939 avec Pierre Létourneau, qui se contenta de l’assister. Douze heures par jour, sauf le dimanche, ses métiers ont fonctionné. Toujours passionnée par son travail, deux ans avant sa retraite, elle couronne sa carrière en devenant lauréate du concours d’un des Meilleurs Ouvriers de France.
En 1978, Henriette prend sa retraite. Il ne restait alors que 5 passementiers et tous ont disparu aujourd’hui.

> Soierie vivante, visites tout l’été sauf le lundi, à 14 heures et 16 heures, sans réserver.
Tél. 04 78 27 17 13
www.soierie-vivante.asso.fr

Dans l’atelier de passementerie, un impressionnant mur est réservé aux cartons indispensables à la mécanique jacquard. Il y en a près de 450, possédant tous un échantillon du dessin qu’ils proposent. Photo Florence Fabre
Détail d’un des métiers à tisser du XIXe, siècle d’Henriette, montrant la complexité et aussi la beauté de la machinerie. Photo Florence Fabre
Hélène, animatrice à l’association Soierie vivante, fait partager aux visiteurs la passion d’Henriette. Photo Florence Fabre

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