Au fil de la soie à l’atelier de passementerie

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16 Août 2011 – Le Progrès – Lyon 4 – Patrimoine, Alexandre Minel.

Dans l’atelier historique d’Henriette Letourneau, à la Croix-Rousse, découvrez les derniers métiers lyonnais.
Depuis la photographie suspendue aux murs de son atelier, feu Madame Letourneau veille toujours sur lui. Ici, la maître passementière, médaillée aux Meilleurs Ouvriers de France, a produit, à raison de plus de dix heures quotidiennes de travail entre 1925 et 1982, des milliers de galons.

Ces rubans, notamment cousus de fils d’or et d’argent, étaient destinés aux uniformes militaires, aux ornements sacerdotaux ou à l’ameublement. Elle le rêvait transformé en musée, l’a vendu à la ville de Lyon, qui après dix ans d’abandon a tenté de le revendre à des particuliers.
Aidée dans son projet de sauvegarde par la Direction régionale des affaires culturelles, l’association Soierie vivante, qui gère aussi un atelier de tissage montée Godart, a pu reprendre le flambeau et préserver ainsi l’appartement canut où repose une part du patrimoine textile lyonnais.
Bien que moins répandus qu’à Saint-Etienne, Lyon dénombrait tout de même en 1930 mille cinq cents métiers à passementerie. Les trois derniers gisent rue Richan. L’association, aujourd’hui aidée par la municipalité, en monte un quatrième à pédales, daté de 1725.
« La passementerie est moins connue que le tissage, surtout qu’il n’y a dorénavant plus d’activité passementières à la Croix-Rousse. La mécanique d’un métier reste complexe à comprendre au premier abord, y compris pour moi lorsque je suis arrivée ici» explique Hélène Carleschi, animatrice du patrimoine. Cela se vérifie lors de la visite de l’atelier. Un des imposants métiers en noyer est activé quelques secondes. Alors s’enclenchent, outre un assourdissant bruit, les croisements entre les fils de chaînes et les fils de trame. Dix-huit galons de petite largeur pouvant être confectionnés simultanément, dix-huit fois plus de fils parfaitement tendus par des poids se débobinent à vive allure. Au sommet du métier s’activent à côté de la mécanique Jacquard, inventée en 1804, des cartons perforés décisifs pour les motifs passementés. Preuve de la difficulté de l’entreprise, quelques bénévoles installent actuellement pas moins de huit mille fils sur le métier d’images tissées.
Mais tout n’étant pas si malaisé, Soierie vivante propose également aux enfants des ateliers pédagogiques ou de tissage.

Alexandre Minel

> Visites de l’atelier au 21 rue Richan. Lyon 4e. Du mardi au samedi à 14 et à 16 heures, 5 euros.
Renseignements : 04 78 27 17 13, www.soierie-vivante.asso.fr
 Visites et ateliers pour le public

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