Pierre Pignat, l’homme qui a du verre dans les mains

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Le Progrès – Août 2011 – article de Marièke Poulat

Cette pièce, c’est un challenges, explique Pierre Pignat, en désignant un dossier remis par des mathématiciens qui lui réclament de créer une pièce en verre qui recèle de difficultés avant de montrer quelques-unes de ses plus belles réalisations. Conçues pour des concours, comme cette sculpture de verre avec laquelle il remporta le prix du meilleur ouvrier de France en verrerie artistique en 1991, mais aussi pour des designers, ou des particuliers. Verre, paire de souliers de verre, livré pour 500 euros il y a deux mois pour une demande en mariage.
A 81 ans, il manipule et façonne le verre avec dextérité

«Toutes les pièces ont une histoire », glisse Pierre Pignat comme pour s’excuser d’être intarissable, alors qu’il décrit les œuvres dont déborde son atelier. EL entre son expérience de souffleur de verre – il vient d’avoir 81 ans – et la renommée de son entreprise, elles sont nombreuses en principe, quand il y a des pièces en verre compliquées en France, c’est nous ».
Et si on lui demande s’il se considère comme un artiste, il répond humblement qu’il est avant tout un « artisan, capable de mettre la technique au service de l’imagination. Et de la technique, ce mastodonte de la verrerie, élu par deux fois meilleur ouvrier de France, en 1991 donc, en verrerie artistique, mais aussi en 1955 en verrerie scientifique, en a. Tel Obélix, celui qui se considère comme le « chaudronnier de la verrerie », est dans le métier depuis 1930, son père était lui-même dans le métier depuis 1910. Il est capable en quelques secondes seulement de transformer un tube de verre de quelques millimètres de diamètre en un pied de verre qu’il façonne à l’aide d’un chalumeau comme si c’était un simple chewing-gum alors que ce qu’il est en train de manipuler, sans gants, n’est autre qu’un morceau de verre à plus de 1 200 degrés. Une démonstration rapide et efficace de son métier qui a cependant bien d’autres aspects. La confection n’est que la partie émergée de l’iceberg avant de mettre une pièce en forme, il faut la concevoir, la dessiner, imaginer les pièces qui permettront de lui donner sa forme.
Des tâches que Pierre Pignat remplit encore, même si son statut est aujourd’hui un peu particulier au sein de la société dont il a laissé la direction à son fils Patrice depuis 1980. Il se consacre à la verrerie. sa passion, au sein de l’atelier où il a un établi réservé. Pas vraiment à la retraite, ni vraiment en activité, il apparaît serein quant à la suite de l’atelier de verrerie de l’entreprise ses artisans n’ont rien à lui envier. Béatrice Garranas, l’une des trois autres verriers est dans l’entreprise depuis 1986 et est la première femme à avoir reçu, en 2004, le prix de meilleur ouvrier de France en verrerie scientifique.
Oui, la relève semble assurée.

Marièke Poulat

■ Pignat SA, la verrerie et plus si affinités

Avec un père verrier, Pierre Pignat est tombé dans l’activité depuis tout jeune. S’il commence travailler en 1930, il devient artisan en 1947. Alors nommée Pierre Pignat, son activité grossit à quatre artisans verriers et crée, en 1966, la société Pignat SA qu’il installe, rue Calmette, à Genas, en 1973. Spécialisée dans la verrerie, qui représente alors plus de 90 % des on activité, elle commence à travailler en 1975 avec les industriels de la chimie et de la pétrochimie pour qui elle conçoit des procédés à l’unité ou en petite série, ainsi que des prototypes. En parallèle, elle travaille dans le domaine pédagogique. Des demandes diverses qui la forcent à développer un bureau d’études, composé de quatre personnes, mais aussi à diversifier son activité: en plus du verre, elle utilise des matériaux tels que l’inox, crée des ensembles. A tel point que l’atelier de verrerie ne représente plus que 10 % de son activité et seulement quatre employés des trente de la société qui a réalisé un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros.

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