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Sylvain Bigot : « L’archeterie, c’est un virus »

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Le 20 Mai 2011 – Lyon Capital – article de Laëtitia Court

Depuis lundi 16 mai, Sylvain Bigot, archetier lyonnais, a les yeux qui pétillent. Ce jour-là, à Clermont-Ferrand, il a été reconnu Meilleur Ouvrier de France par ses pairs. Un aboutissement mais aussi un tremplin pour relancer son carnet de commandes dans le monde entier. Portrait d’un artisan passionné.

Florent Aceto

« A 8 ans, je me suis mis au violoncelle. Mais j’en ai cassé plusieurs, cinq ou six. Et c’est comme ça que je me suis intéressé à la lutherie. » Sylvain Bigot, archetier lyonnais, a le sourire quand il raconte cette anecdote. Pourtant, lundi 16 mai, il était beaucoup moins détendu. L’artisan se trouvait à Clermont-Ferrand pour la finale des Meilleurs Ouvriers de France. Et il est revenu à Lyon vainqueur. « On était deux archetiers à se présenter à la finale et on l’a obtenu tous les deux », dit-il fièrement. 

« Pas plus simple que de fabriquer un violon »

« Ce n’est pas un concours en fait mais un diplôme de l’Education nationale et surtout une reconnaissance de collègues. » Le jury est en effet uniquement composé d’archetiers pour moitié Meilleurs Ouvriers de France. On sent que l’artisan avait besoin de cette reconnaissance : « J’ai appris la lutherie pendant 6 ans parce que l’école d’archeterie n’existait plus. Et quand je travaillais à Paris, ceux qui n’avaient pratiqué que l’archeterie nous faisaient bien sentir cette différence. »

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Florent Aceto

Lui, il apprendra le métier directement à l’atelier. « L’archeterie, c’est un virus, on tombe dedans. Et fabriquer un archet n’est pas plus simple que de fabriquer un violon. C’est différent. Les bois sont plus durs, ils ne se laissent pas faire. Et il faut savoir travailler l’argent et l’or ou encore la nacre. Alors, vu que je n’aime pas la routine et le travail long sur un même objet, j’ai préféré l’archeterie à la lutherie », s’emporte-t-il les yeux dans le vague mais sans lâcher sa baguette de bois brésilien.

Une reconnaissance mondiale

Sylvain Bigot met en moyenne « une bonne grosse semaine pour fabriquer un archet à l’ancienne, c’est-à-dire sans machinisation » qu’il vendra dans les « 3 600€ ». Pour obtenir le diplôme, il devait en fabriquer trois. « J’ai mis un mois et demi parce que là, on peut rien laisser passer. Le stress m’a fait reprendre des détails pour que ce soit parfait. » A 40 ans, c’était la première fois que Sylvain Bigot participait au concours Meilleur Ouvrier de France. « C’est tous les 4 ans, alors il y a un moment où il faut y aller. C’est un peu comme dans le compagnonnage, on présente un travail de fin d’apprentissage. Même si on a toujours à apprendre », lance l’artisan aux cheveux poivre et sel.

Installé depuis 2003 à deux pas de la Place Bellecour dans « un ancien bordel » aux grandes fenêtres et au parquet ancien, Sylvain Bigot avoue ne pas pouvoir se payer tous les mois. « J’ai mis sur Facebook que j’avais obtenu le diplôme et en quelques secondes, j’avais des commandes. » L’avantage non négligeable d’être Meilleur Ouvrier de France est la reconnaissance mondiale qui s’ensuit. « Mais je ne l’ai pas fait pour ça » souligne-t-il.

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Florent Aceto

La crainte du marché chinois

L’artisan aux doigts fins souhaite défendre l’archeterie à la française, « une école et une façon de penser« . Il raconte : « C’est un français, François Xavier Tourte, qui, vers 1800, a inventé l’archet moderne. et aujourd’hui, l’archeterie française reste la plus cotée au monde. » Sylvain Bigot s’inquiète pourtant de l’arrivée d’un nouveau marché, le marché chinois. « Ils fabriquent des archets vendus 15€. Mais ils ne posent pas bien les mèches et quand les clients viennent pour la réparer je leur dit que c’est 45€ et ils me prennent pour un voleur. » L’archetier passionné garde espoir en affirmant que « si la cinquantaine d’archetiers français continue à faire de la qualité, on aura toujours du travail ».

Concernant les trois œuvres qui lui ont permis d’être Meilleur Ouvrier de France, elles sont déjà réservées par des collectionneurs. »Comme ça je pourrai les récupérer pour d’éventuelles présentations. » Et on parie que, cette fois, Sylvain Bigot prendra plus soin de ces archets que de ses anciens violoncelles.

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