Patrice Annic

Patrice Annic – restauration de céramiques – MOF 1997

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UN AUTRE REGARD…

La restauration de céramique et de sculpture en terre cuite et plâtre ont fait de ce breton d’origine, un artisan reconnu et même honoré par ses pairs. Mais depuis son arrivée entre Saône et Rhône, il y a 11 ans, ce passionné de dessin et de sculpture laisse aussi libre cours à son dessein artistique. Fasciné par les visages, il a succombé à l’hyperréalisme : « La distanciation n’est pas évidente au départ, elle naît quand l’illusion est découverte ».
Antiquaire durant quinze ans avec son épouse, Patrice Annic s’est installé non loin de la rue Auguste Comte, rue des Remparts d’Ainay.
Du mal à couper le cordon ? Au vu de sa démarche artistique actuelle on en doute. Fortement même. Il est seul et pourtant, chez lui, dans son atelier, on ressent comme une présence. Ineffable dans un premier temps, le visiteur lambda ne peut que marquer un temps d’arrêt devant « La Tibétaine », sa sculpture en silicone, si présente, si parlante, un regard si vivant. « Le visage n’est-il pas la porte de la relation à l’autre ? ». Citant Emmanuel Lévinas, Patrice Annic, 51 ans, s’amuse de l’impression suscitée par sa p’tite dame réalisée en forme d’hommage inversé à la sculpture de Duane Hanson qui représentait une américaine en bigoudis poussant un caddie plein ; « La Tibétaine » pousse un caddie vide : le message est-il clair ? En 2006 déjà, via sa première installation « Emergence » il avait voulu matérialiser ces africains qui aspirent à quitter leur existence
de misère. Mais diable ! Quelle mouche a donc piqué ce rennais de souche lors de son arrivée à Lyon en 1998 avec femme et enfants ?
Restaurateur, tout juste auréolé du col tricolore, il poursuit son métier passion certes mais se donne surtout les moyens de faire ressurgir son goût immodéré pour le dessin et la sculpture. « Je me suis inscrit aux Beaux-Arts pour suivre des cours de sculpture et d’art plastique pendant quatre ans. C’est là que ma démarche artistique trouve ses racines ».

RESTAURATEUR DEPUIS TOUJOURS ; SCULPTEUR DANS L’HYPERRÉALISME POUR COMBIEN DE TEMPS ?

tibetaineEt avant me direz-vous ? A l’instar de la grande majorité des ados le jeune Patrice fait dans le classique : pas franchement emballé par son bac de gestion, guère plus par l’armée, nul doute, il se cherche.
Les Beaux-Arts de Rennes lui ferme ses portes ; idem pour l’institut français de restauration des oeuvres d’art. Alors il s’en va frapper à la porte d’un artisan au Mans qui accepte – lui ! – de lui permettre de mettre un pied dans le métier. Très vite il y mettra les deux mais pas n’importe comment « je me suis formaté tout seul ». Il prend même son baluchon pour démarcher cinq artisans parmi les plus renommés à Paris. Un seul l’accueillera : une femme, chargée de formation à l’institut de français de restauration des oeuvres d’art bien sûr !
Autodidacte et déterminé il affine ses techniques, installe son atelier chez lui, le bouche-à-oreille faisant le reste. Antiquaires et particuliers constituent sa clientèle. En 1987, il endosse même le costume d’antiquaire, une activité complémentaire à son métier de restaurateur.
Mais revenons au présent. Aujourd’hui, Patrice Annic s’évertue à donner vie à son « Petit Homme », sa deuxième sculpture hyperréaliste en silicone représentant une personne handicapée mentale. « J’aspire à montrer que la dignité de notre humanité se situe au-delà même de la faiblesse du handicap ». Le regard est-il le reflet de l’âme ? Vaste questionnement…Comment l’introduire dans le visage d’une structure ? « J’ai breveté un système d’illusion de regard (sic) qui s’appuie sur les propriétés optiques de la fibre optique ». La matière ? Ce sera du silicone médical pour un effet sidérant d’humanité ! Patrice Annic est habité par cette démarche. Une dévotion qui coûte cher, en temps comme en argent. Pour financer ses prochaines sculptures il lui faut des mécènes. A tout prix. Son visage ne porte cependant pas les stigmates de ce dur labeur. Un masque pour cacher la faiblesse dont chacun cherche à s’extirper ? On imagine alors ce rendez-vous manqué avec Emmanuel Lévinas parlant de l’impossible représentation du visage dans son livre [En découvrant l’existence] : Le visage (…) ne ressemble point à la forme plastique toujours désertée, trahie par l’être qu’elle révèle comme le marbre dont déjà les dieux qu’il manifeste s’absentent ». Pour Patrice Annic « la sculpture n’a jamais représenté du visage que sa forme plastique extérieure comme le souligne le philosophe Jacques Derrida : « Le visage, ce n’est pas seulement la face, ce n’est pas seulement ce qui est vu, vu parce que nu. C’est aussi ce qui voit. Non pas tant ce qui voit les choses, mais ce qui échange son regard. La face n’est visage que dans le face à face ». Pour nos philosophes contemporains la représentation du visage est davantage liée à la relation qu’à la forme elle-même.
Assurément, une autre manière de voir les choses…

Souvenir du concours MOF…
« Participer au concours des MOF répond a mes yeux a un désir très « humain » : la reconnaissance de son travail. L’épreuve ? Au musée national de céramique de sèvres nous devions nous atteler sur une assiette en porcelaine de limoges décorée. « cassée » par nos soins, nous devions la recoller et procéder a sa restauration sans oublier la théière dont l’anse en faïence de gien avait eté tronquée. Dans un second temps, j’ai restauré un vase Médicis que j’ai notamment redoré avec une technique très personnelle ».

 
Article écrit par Christophe Magnette (qui nous autorise la reproduction de son article sur le site des MOF du Rhône – qu’il en soit remercié), livre édité par EMCC du Tout Lyon. Photographies Angel Sanhueza

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